Eleana Ivaldi da Firenze
Tu peux dire ce que tu veux Ivaldi, tu es comme ta mère. Una puttana.
- Sais-tu ce qui est arrivé à la dernière personne qui m'a traité ainsi Anita? cracha la dénommée Ivaldi en se jetant sur elle avec violence.
Les deux jeunes femmes étaient entourées d'un groupe de filles qui hurlèrent en assistant à la réaction "d'Ivaldi". Elles s'interposèrent aussitôt, la défiant du regard. A voir leurs jolies robes, leurs belles parures et leur air hautain, on comprenait qu'elles venaient de la noblesse. L'autre portait cependant des vêtements beaucoup masculins; une chemise de soie blanche, agrémentée d'une ceinture à large boucle, un pantalon de cuir et des bottes cavalières qui affinaient ses jambes interminables. Pourtant, elle avait autant d'allure que ses rivales, sinon plus. Le menton levé, elle les fixait de son regard noisette, imperturbable. Ses longs cheveux bruns étaient lâches, tombant au milieu de son dos. Un léger vent était présent sur la place et les faisait voleter en tous sens, ce qui lui donnait un air à la fois naturel et indomptable.
- Calme-toi Eleana, intervint une autre fille au regard aussi sombre que sa chevelure. Ezio n'apprécierait sûrement pas...ajouta-t-elle avec un sourire.
- Oh! Nous y voilà! répliqua Eleana en riant nerveusement. Les frères Auditore. Contrairement à une grande parti d'entre vous, ils ne se sont jamais retrouvé dans mon lit, et je n'y penserais jamais. Ils savent que je vaux bien mieux que chacune d'entre vous. Ils me respectent et m'aiment pour ça. Plaignez-vous, allez-y. Mais, je doute que vous fassiez le poids.
- Ezio m'importe peu, lança alors Anita, exaspérée. C'est TON problème Cristina, pas le mien. Tout ce que je veux, c'est qu'en attendant mon mariage tu ne...
- Ton mariage, ironisa Eleana en échappant un rire franc. Ta naïveté est effarante. Je parie tout ce que j'ai que dans un mois, à peine, il t'aura remplacée...si ce n'est déjà fait...
- JE T'INTERDIS DE T'APPROCHER DE FEDERICO! Compris...puttana?
Anita conclut sa phrase en crachant au visage d'Eleana. Ce n'était pas ce qu'on faisait de plus féminin mais dès qu'elles s'affrontaient il n'y avaient plus vraiment de limites. La jeune fille releva négligemment une mèche brune qui venait se coller contre son visage. Mais elle ne réussit pas à masquer sa colère plus longtemps. Cette fois-ci personne n'eut le temps de réagir. Elle se jeta avec violence sur Anita et la gifla. L'autre était sur le point de répliquer quand une silhouette masculine s'interposa.
- Je te conseille de reposer ce bras Anita. Tu pourrais te blesser, fit-il avec un sourire hypocrite.
Des sourires et des regards furent aussitôt échangés dans l'assemblée. Il était extrêmement séduisant. Ses cheveux bruns mi-longs étaient négligemment attachés, dévoilant un regard sombre très profond. Son sourire charmeur était barré par une fine cicatrice qui lui donnait un air viril. Il avait tout du séducteur.
- Vous n'avez donc rien d'autre à faire? Vos chamailleries puériles sont vraiment tout ce qui vous intéresse?
- Ezio, je...
- Tu n'as absolument plus rien à ajouter Cristina. Allez, on y va, ajouta-t-il à l'adresse d'Eleana en l'entraînant par le bras.
Les deux jeunes gens s'éloignèrent de la place d'un pas vif, Eleana lançant de temps à autre des regards de défi vers le groupe de filles qui était resté sur place. Elle pouvait encore distinguer, au milieu d'elles, leur chef de file, Anita, rouge de colère.
- Ces filles sont vraiment pathétiques! Elles sont jalouses, arrogantes et mauvaises. Et cette Anita....oh! quelle garce! Un jour elle recevra bien pire qu'une gifle. Je l'ai toujours dit. Je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi infect. Elle a toujours monté les autres contre moi. Sa seule satisfaction est de me provoquer. Et, maintenant que ton cher frère a réussi à la mettre dans son lit, c'est devenu insupportable. Je ne vais pas tenir longtemps je...
- Tu as fini? la coupa Ezio en riant.
Elle le dévisagea alors avec mécontentement avec cette moue faussement vexée qui la caractérisait si bien, puis elle se mit à rire. Son ami la saisit alors par les épaules avec affection.
La relation entre Anita et Eleana avait toujours été électrique et cela ne changerait certainement jamais. Si beaucoup de filles de son âge était splendides, Eleana les dépassait sans efforts. Ses lèvres charnues , son petit nez fin et surtout ses jolis yeux noisettes pigmentés de vert avaient fait tourner plus d'une tête. Anita ne l'avait jamais supporté et s'était empressée d'éloigner toutes les jeunes nobles de cette rivale peu fréquentable. Car la plus belle arme qu'elle possédait était sans nul doute les origines d'Eleana.
Si le père de la jeune fille, Carlo Ivaldi, était un des banquiers les plus respectables de Florence, sa mère était bien loin de tout cela. En effet, Carolina Bertini avait été une des courtisanes les plus en vue de Rome. Elle comptait parmi ses clients des nobles haut-placés venant de toute l'Italie, parfois plus. Sa rencontre avec Carlo, bien qu'assez sordide, n'avait rien d'anormal. Mais l'homme, alors jeune marié, tomba follement amoureux de la catin qui partageait ses sentiments. Mais la réputation qu'il avait à Florence l'obligea à rentrer sans la jeune femme.
Quelques mois plus tard, Donna Ivaldi mourut de la malaria et le banquier reçut la visite de sa maîtresse, enceinte. Il n'hésita pas une seconde, l'amour l'emportant sur la raison, et épousa la prostituée en vitesse. La noblesse florentine en fut outragée.
Dix-sept ans plus tard Carolina Ivaldi n'était plus, une épidémie de fièvre scarlatine l'emporta alors qu'Eleana n'avait que six ans. Si sa mort calma en partie les esprits, beaucoup continuaient de reprocher à la jeune fille ses sombres origines. Si les filles de son âge, poussées par leurs parents, l'insultaient et la méprisaient; les garçons quand à eux ne cessaient de lui tourner autour avec une certaine vulgarité, ce qui l'exaspérait.
Au final, la seul famille à ne jamais lui avoir tourné le dos était celle d'un vieil ami de son père : Giovanni Auditore. Eleana s'était très vite entendue avec son second fils, Ezio, qui avait exactement son âge. Ils se comprenaient d'un simple regard et pouvaient partir dans des fous rire que personne ne comprenait. Tout Florence avait déjà été victime d'un de leur mauvais tour. Parfois, ils demandaient l'aide de l'aîné, Federico qui leur donnait avec plaisir. Tous trois étaient comme frère et sœur. D'ailleurs pour Eleana, les Auditore étaient réellement une seconde famille.
- Alors, que faisons-nous? demanda soudainement la jeune fille. Un petit tour au marché? On m'a parlé d'un nouveau tailleur qui venait de s'installer. Il aurait beaucoup de talent et...
- Réserve cela pour Claudia, tu veux?
- Tu pourrais trouver de très belles choses pour cette chère Cristina, ou pour la jolie Elisabetta. Et tu n'as encore rien offert à Natalia...
Ezio fit comme s'il n'avait rien entendu mais son sourire le trahit. Il devait bien avouer que son gros point faible était les femmes et Eleana ne cessait pas une seconde de le taquiner.
- Nous verrons ça plus tard de toutes façons. Je dois d'abord retourner à la maison, mon père doit me charger d'une mission.
- Je t'accompagne. Cela fait tellement longtemps que je n'ai pas vu tes parents. Et puis, tu ne pourrais pas aller bien loin sans moi.
Une nouvelle fois les deux jeunes gens rirent aux éclats en se lançant un regard complice. Personne n'était plus étonnant que ces deux là.
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